Comptabilisation d’un site internet. Compte, immobilisation et amortissement, cas par cas.
Votre expert-comptable vous demande si le site est une charge ou une immobilisation, et la facture du prestataire mélange création, nom de domaine et maintenance. La réponse tient en deux textes officiels, dont l’un a changé en 2024 sans que l’autre ait été mis à jour.
Un site internet réalisé par un prestataire et utilisé plus d’un exercice est une immobilisation incorporelle : il s’inscrit au compte 205, dans un sous-compte « Solutions informatiques », et s’amortit en principe de façon linéaire sur sa durée probable d’utilisation. La maintenance, l’hébergement, le renouvellement du nom de domaine et les abonnements mensuels sont des charges de l’exercice. Depuis les exercices ouverts le 1er janvier 2024, la règle comptable est aux articles 611-1 à 611-8 du Plan comptable général ; le traitement fiscal est au BOFiP, BOI-BIC-CHG-20-30-30.
Pour un dirigeant, un gérant ou un comptable qui doit enregistrer la création, la refonte, la maintenance ou l’abonnement d’un site. Ce guide donne les textes et leur lecture ; il ne remplace pas l’avis de votre expert-comptable, qui décide sur pièces.
Signé par Enzo Taverne et Jérémy Rivault, cofondateurs de Trait Neuf.
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Charge ou immobilisation : la règle en une phrase
Le Plan comptable général pose la règle à l’article 611-2 : toute solution informatique porteuse d’avantages économiques futurs et utilisée au-delà d’un exercice constitue une immobilisation incorporelle. Un site qui vous sert plusieurs années entre dans cette définition. Il ne passe donc pas en charge le jour où vous payez la facture : il s’inscrit au bilan, puis se répartit en charges au fil des années par l’amortissement.
Le texte fiscal dit la même chose sous un autre angle. Pour le site réalisé par un prestataire, le Bulletin officiel des finances publiques précise que, « lorsqu’il est acquis par l’entreprise en vue d’être utilisé pour les besoins de son exploitation pendant plusieurs exercices, le site constitue un élément incorporel de l’actif immobilisé, assimilable sur le plan fiscal à un logiciel » (BOI-BIC-CHG-20-30-30, § 180).
Tout ce qui fait vivre le site une fois en ligne reste en revanche une charge de l’exercice : maintenance, mises à jour, hébergement, redevance du nom de domaine, abonnements.
Ce qui a changé en 2024 : les « sites internet » sont devenus des « solutions informatiques »
Le texte fiscal de référence renvoie encore aux articles 612-1 à 612-4 du Plan comptable général, consacrés aux sites internet. Ces articles n’existent plus. Le règlement ANC n° 2023-05 du 10 novembre 2023 les a abrogés, avec ceux sur les logiciels, et les a remplacés par une section unique, « Solutions informatiques », articles 611-1 à 611-8. Il s’applique aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2024.
Le recueil de l’Autorité des normes comptables le dit pour notre cas en une ligne : « Les solutions informatiques utilisées dans les sites internet sont comptabilisées selon les modalités définies aux articles 611-1 à 611-8. » Il précise aussi le rangement : une solution informatique immobilisée s’enregistre dans un sous-compte nommé « Solutions informatiques » du compte 205.
Le BOFiP, lui, n’a pas changé depuis le 1er mars 2017, et son § 150 renvoie toujours aux anciens articles. Ce n’est pas une contradiction de fond : les six conditions d’inscription à l’actif qu’il cite se retrouvent, en substance, à l’article 611-3. Mais si votre comptable cherche l’article 612-1 dans le plan comptable de cette année, il ne le trouvera pas, et c’est normal.
Quel compte comptable pour quelle dépense
| Dépense | Traitement | Compte du plan comptable | Texte |
|---|---|---|---|
| Création du site par un prestataire, utilisé plusieurs années | Immobilisation incorporelle, amortie | 205, sous-compte « Solutions informatiques » ; amortissement en 2805 ; dotation en 6811 | PCG art. 611-2 et IR 4 ; BOFiP § 180 |
| Site acheté 500 euros hors taxes au plus | Charge immédiate admise sur le plan fiscal | Charge de l’exercice | BOFiP § 190 ; BOI-BIC-CHG-20-30-10 § 40 |
| Études préalables : objectifs, fonctionnalités, questions juridiques | Charge, sans retour possible à l’actif | Charge de l’exercice | PCG art. 611-4 ; BOFiP § 160 |
| Développement interne du site, si les six conditions sont réunies | Immobilisation, option fiscale de déduction immédiate | 205 ; amortissement dérogatoire en 145, dotation en 68725 | PCG art. 611-3 ; BOFiP § 170 |
| Obtention et enregistrement du nom de domaine | À l’actif seulement si tout le développement y est | 205 avec le site, sinon charge | BOFiP § 210 |
| Renouvellement annuel du nom de domaine | Charge | Charge de l’exercice | BOFiP § 160 |
| Maintenance, mises à jour, actualisation des contenus | Charge | 6156 « Maintenance » | BOFiP § 160 et § 170 ; plan de comptes |
| Hébergement | Charge sur les exercices où il est rendu | Charge de l’exercice, sous-compte au choix | BOFiP § 200 |
| Abonnement à une plateforme ou site en location | Charge au fil de la prestation | 6511 « Redevances pour […] solutions informatiques » ou 613 « Locations », à arrêter avec votre comptable | PCG art. 611-5 et IR 4 |
| Inscription dans des annuaires ou des moteurs de recherche | Charge assimilée à de la publicité | 623 « Publicité, publications, relations publiques » | BOFiP § 170 |
| Ajout d’une fonction nouvelle, par exemple la vente en ligne | Traitée comme une création | 205 | BOFiP § 170 ; PCG art. 611-7 |
Deux colonnes demandent une précision. Le plan comptable ne nomme ni l’hébergement ni l’abonnement à un site : il donne des comptes de nature, et le choix entre deux comptes plausibles se fait avec votre comptable, puis se garde d’une année sur l’autre. Et la frontière entre charge et immobilisation ne dépend pas de l’intitulé de la facture : elle dépend de ce que la dépense produit.
Site créé par un prestataire : comment l’amortir
L’amortissement commence « à la date de début de consommation des avantages économiques », qui « correspond généralement à la mise en service » (PCG, article 214-12). Pour un site, c’est en pratique sa mise en ligne, pas la date du devis ni celle de la facture d’acompte.
Le mode est linéaire à défaut d’un mode mieux adapté, et la durée est celle que l’entreprise estime pour l’usage du site (article 214-13). Aucun texte ne fixe une durée en années pour un site internet : le BOFiP parle de « durée probable d’utilisation », sans chiffre. Les petites entreprises au sens de l’article L123-16 du code de commerce peuvent retenir la durée d’usage prévue à l’article 39 du code général des impôts pour établir leur plan d’amortissement.
Exemple chiffré, hypothétique. Un site facturé 6 000 euros hors taxes est mis en ligne le 1er juillet N. L’entreprise estime qu’il servira trois ans et l’amortit en linéaire, au prorata du temps la première année :
| Exercice | Dotation | Valeur restante au bilan |
|---|---|---|
| N (6 mois) | 1 000 euros | 5 000 euros |
| N + 1 | 2 000 euros | 3 000 euros |
| N + 2 | 2 000 euros | 1 000 euros |
| N + 3 (6 mois) | 1 000 euros | 0 euro |
Une précision vaut d’être dite parce que des pages anciennes la contredisent encore : l’amortissement exceptionnel sur douze mois, qui existait pour les sites acquis, a été supprimé par la loi de finances pour 2017 pour les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2017 (BOFiP, § 180).
Un site à 500 euros hors taxes ou moins
Le BOFiP rappelle, juste après les règles du site acquis, que les entreprises peuvent comprendre dans leurs charges immédiatement déductibles « le prix d’acquisition des logiciels d’une valeur unitaire hors taxe n’excédant pas 500 € » (§ 190). Le site acquis étant assimilé à un logiciel sur le plan fiscal, un site très simple facturé sous ce seuil peut donc passer en charge l’année de son achat.
Sur le plan comptable, l’article 212-6 du PCG permet de la même façon de ne pas inscrire au bilan un élément d’actif non significatif. Le seuil s’apprécie sur le site entier : découper une facture pour passer sous les 500 euros ne change pas la valeur unitaire de ce qui est acheté.
Site développé en interne
Le cas est rare chez nos lecteurs, mais il a ses propres règles. Le BOFiP découpe le projet en trois phases (§ 160) :
- la recherche préalable, où l’on fixe les objectifs, les fonctionnalités et les questions juridiques : charges, et elles ne peuvent plus être réintégrées ensuite au coût du site ;
- le développement et la mise en production : à l’actif si les six conditions sont réunies en même temps, à savoir sérieuses chances de réussite technique, intention d’achever et d’utiliser le site, capacité de l’utiliser, avantages économiques futurs, ressources pour l’achever, et évaluation fiable des dépenses ;
- l’exploitation : charges.
Sur le plan fiscal, l’entreprise qui immobilise ces dépenses peut choisir la déduction immédiate prévue au I de l’article 236 du code général des impôts. Elle constate alors un amortissement sur la valeur totale du site dès la clôture de l’exercice, et porte la différence avec l’amortissement comptable en amortissements dérogatoires (§ 170). Le choix se fait site par site, et il engage l’entreprise : c’est une décision de gestion qui lui est opposable.
Refonte : amélioration ou remplacement
La refonte est la question la plus mal traitée en ligne, parce que le même mot couvre deux opérations que les textes ne traitent pas de la même façon.
Une refonte qui remplace l’ancien site. Un nouveau site est réalisé par un prestataire et l’ancien cesse de servir. Le nouveau site suit la règle du site acquis : immobilisation au compte 205, amortie à partir de sa mise en ligne. Si l’ancien site figurait encore au bilan avec une valeur non amortie, il en sort, et cette valeur restante passe en charge de l’exercice. Votre comptable choisira l’écriture.
Une refonte qui améliore le site existant. Le BOFiP range « la mise à jour des graphiques du site » parmi les dépenses d’exploitation, donc en charges (§ 160). Un rafraîchissement de l’habillage sans fonction nouvelle est donc une charge. En revanche, « dès lors qu’elles se traduisent par une modification des caractéristiques essentielles du site, par exemple par l’adjonction de fonctions ou de caractéristiques nouvelles », ces dépenses sont analysées comme la création d’un nouveau logiciel (§ 170). L’exemple donné est celui d’un site de présentation transformé en site de commerce électronique. L’article 611-7 du PCG dit la même chose côté comptable : un coût engagé après la mise en service s’immobilise s’il permet de générer des avantages au-delà du niveau de performance actuel.
| Ce que fait la refonte | Traitement probable |
|---|---|
| Nouvel habillage, mêmes pages, mêmes fonctions | Charge de l’exercice |
| Nouveau site complet qui remplace l’ancien | Immobilisation du nouveau site ; sortie de l’ancien s’il est encore au bilan |
| Ajout de la vente en ligne, d’une prise de rendez-vous, d’un espace client | Immobilisation de la partie nouvelle |
| Correction de pannes, mises à jour de sécurité | Charge (maintenance) |
Pour le budget d’une refonte, avant sa comptabilisation, voyez notre guide sur le prix d’une refonte de site internet.
Maintenance, hébergement, abonnement : des charges, mais pas dans le même compte
La maintenance a son compte dans le plan comptable : 6156 « Maintenance ». Le BOFiP assimile les dépenses de la phase d’exploitation à « des frais de maintenance ou d’actualisation, qui doivent être déduits du résultat au titre de l’exercice au cours duquel ils sont engagés » (§ 170).
L’hébergement est, selon le BOFiP, un contrat de prestations de services continues qui « se rapprochent des contrats d’abonnement téléphonique » : la somme payée est une charge des exercices pendant lesquels la prestation est rendue (§ 200). Un hébergement payé pour deux ans se répartit donc sur les deux exercices.
L’abonnement à une plateforme (un constructeur de sites, une boutique hébergée) et la location d’un site relèvent de l’article 611-5 du PCG : les coûts d’accès aux services nécessaires à l’utilisation continue d’une solution informatique sont des charges, au fur et à mesure de la prestation. Le recueil de l’ANC cite le mode SaaS comme exemple de contrat « conférant un droit d’accès ». Une nuance : si vous payez, en plus de l’abonnement, un paramétrage ou une configuration qui sert plusieurs années, ces coûts-là peuvent s’immobiliser s’ils remplissent les critères de l’article 611-3. Le détail du choix entre louer et acheter est dans notre guide louer ou acheter son site internet.
Ce qu’il faut demander à votre prestataire
Une facture qui mélange tout oblige votre comptable à reconstituer les postes, ou à tout passer du même côté. Demandez une facture qui sépare :
- la création du site, avec la date de mise en ligne, point de départ de l’amortissement ;
- le nom de domaine, son enregistrement et son renouvellement ;
- l’hébergement, avec la période couverte ;
- la maintenance, avec la période couverte ;
- les options achetées une fois avec le site, comme un espace de modification, qui suivent le site.
Chez Trait Neuf, les dépenses se distinguent par nature : un projet de site, dont le prix suit notre grille par type de site, est une dépense de création ; la maintenance, de 50 à 300 euros hors taxes par mois, qui comprend pour un site que nous hébergeons l’hébergement et le renouvellement du nom de domaine, est une dépense d’exploitation ; l’espace qui permet de modifier vous-même vos textes et vos images est une option du projet, payée une fois. Nos devis détaillent le prix poste par poste. Si votre comptable a besoin d’une ventilation particulière, signalez-le dans votre premier message.
Ce guide cite les textes et dit comment nous les lisons. Faites valider le traitement par votre expert-comptable : c’est lui qui signe vos comptes, et il décide sur vos factures réelles. La référence exacte, BOI-BIC-CHG-20-30-30 et articles 611-1 à 611-8 du PCG, suffit en général à rendre la conversation courte.
Questions fréquentes
Quel compte comptable pour un site internet ?
Un site immobilisé s’inscrit au compte 205 « Concessions et droits similaires, brevets, licences, marques, procédés, solutions informatiques, droits et valeurs similaires », dans un sous-compte « Solutions informatiques », selon le recueil de l’ANC. Son amortissement va en 2805 et la dotation annuelle en 6811. La maintenance va en 6156, l’hébergement et les abonnements en charges de l’exercice.
Un site internet est-il une charge ou une immobilisation ?
Une immobilisation quand il est utilisé plus d’un exercice et qu’il apporte des avantages économiques futurs, ce qui est le cas d’un site d’entreprise (PCG, article 611-2). Il reste une charge s’il coûte 500 euros hors taxes ou moins, s’il est loué ou fourni par abonnement, ou pour tout ce qui relève de son exploitation : maintenance, hébergement, mises à jour.
Sur combien d’années amortir un site internet ?
Aucun texte ne fixe de durée en années : le site s’amortit en linéaire sur sa durée probable d’utilisation, estimée par l’entreprise, à partir de sa mise en ligne. Les petites entreprises peuvent retenir la durée d’usage fiscale. L’amortissement exceptionnel sur douze mois n’existe plus pour les exercices ouverts depuis le 1er janvier 2017.
Comment comptabiliser un abonnement site internet ?
En charges, au fil des mois, parce qu’un abonnement est un droit d’accès à un service et non un bien que vous détenez (PCG, article 611-5). Le compte se choisit avec votre comptable entre les redevances pour solutions informatiques (6511) et les locations (613). Un paramétrage payé à part et utile plusieurs années peut, lui, s’immobiliser.
Comment comptabiliser l’hébergement d’un site internet ?
Comme une charge des exercices pendant lesquels l’hébergement est fourni, selon le BOFiP, qui le compare à un abonnement téléphonique (§ 200). Un hébergement payé d’avance sur plusieurs exercices se répartit entre eux. Seuls des serveurs achetés par l’entreprise elle-même s’inscrivent à l’actif.
Une refonte de site internet s’amortit-elle ?
Oui si elle produit un nouveau site qui remplace l’ancien, ou si elle ajoute des fonctions nouvelles comme la vente en ligne : c’est alors une création, immobilisée et amortie. Non si elle se limite à rafraîchir l’habillage d’un site qui garde ses pages et ses fonctions : le BOFiP classe la mise à jour des graphiques en dépenses d’exploitation, donc en charges.
Comment comptabiliser la location d’un site internet ?
En charges, mois après mois, comme tout droit d’accès à une solution que vous ne détenez pas. Le site n’apparaît pas à votre bilan, puisqu’il ne vous appartient pas. Si le contrat a été cédé à une société de location financière, les loyers restent des charges jusqu’au terme prévu.
Sources
- Bulletin officiel des finances publiques (DGFiP), « BIC, Distinction entre éléments d’actif et charges, dépenses de conception de logiciels et de sites internet, BOI-BIC-CHG-20-30-30, § 150 à 210 », version en vigueur depuis le 1er mars 2017, consulté le 6 octobre 2026.
- Bulletin officiel des finances publiques (DGFiP), « BIC, Frais et charges, petits matériels, mobiliers et logiciels, BOI-BIC-CHG-20-30-10, § 40 », version en vigueur depuis le 1er mars 2017, consulté le 6 octobre 2026.
- Autorité des normes comptables, « Règlement ANC n° 2023-05 du 10 novembre 2023 modifiant le règlement ANC n° 2014-03 relatif au plan comptable général », 10 novembre 2023, homologué par arrêté du 26 décembre 2023 (JO du 30 décembre 2023), consulté le 6 octobre 2026.
- Autorité des normes comptables, « Règlement ANC n° 2014-03 relatif au plan comptable général, version consolidée au 1er janvier 2026 », 1er janvier 2026, consulté le 6 octobre 2026.
- Autorité des normes comptables, « Recueil des normes comptables françaises, entreprises industrielles et commerciales, version 2026 », fichier de janvier 2026, pages marquées « version du 1er janvier 2025 », consulté le 6 octobre 2026.
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